Février 2009

Bénédictions à tous,

Pour ce nouveau mail mensuel je vous propose une nouvelle version de mon document « Les étapes du deuil ». Il est essentiel de bien connaître ce mécanisme intérieur qui est tellement difficile à intégrer pour les psychotiques.

En communion avec vous,

André.

Les étapes du deuil

Ce document a pour but de vous sensibiliser aux différentes étapes que chacun doit vivre lors de chaque illusion perdue. Le corps met du temps à accepter et à intégrer une nouvelle façon d’appréhender la vie. C’est donc un deuil à faire à chaque fois, la mort d’une façon de fonctionner, de relationner avec soi-même, avec les autres et avec Dieu.

Ce sont les mêmes étapes qui se retrouvent dans toutes les situations de deuil, que ce soit un être cher qui disparaît en mourant ou en nous quittant, que ce soit un deuil à faire suite à un échec sentimental, professionnel, éducatif (notre enfant qui nous quitte ou qui suit un chemin de vie bien éloigné du nôtre). Nous avons le même processus de deuil à faire, avec les mêmes étapes, pour tout ce qui nous a manqué dans notre enfance. Et bien sûr pour notre propre deuil, notre propre mort, si clairement observé par les professionnels de l’accompagnement aux mourants.

Les étapes du deuil ne se déroulent pas forcément dans l’ordre qui suit, et il y a parfois des retours aux étapes précédentes ou des combinaisons de deux étapes en même temps. L’important est de ne pas rester bloqué dans une étape.

Il ne s’agit pas de mental mais de physique. Nous sommes dans un ressenti corporel ici et maintenant qui a besoin d’être vécu, conscientisé, parlé, symbolisé. Nous sommes perturbés physiquement, dans le doute, le questionnement, c’est pourquoi il est difficile de nous rejoindre là où nous sommes pour « vibrer » avec nous. Le discours logique, habituel, doit être abandonné pour faire place au senti.

1. La négation :

C’est le refus de la réalité en disant : “Non, pas moi, cela ne peut pas être vrai”. Nous croyons au miracle : “Je ne veux pas, cela ne peut pas m’arriver à moi”, ”j’exige que ma vie continue comme avant”. Le corps se coupe du ressenti, c’est la fuite dans le refus. C’est alors que le mental prend toute sa place. C’est à ce moment où nous devons vérifier le flot de notre respiration qui doit rester fluide et complet.

2. L’irritation ou la colère:

Après le choc et le refus, vient une période de ressentiment. La question est alors : “Pourquoi moi ?”. Cette période se traduit par des comportements d’agressivité ou d’hostilité vis-à-vis de notre entourage ou de nous-même. Nous avons besoin de désigner un coupable. Notre colère est la première porte vers l’acceptation (donc nécessaire). La vigilance nous ramène à l’observation de ces phénomènes et à la respiration. Attention ! Dans un chemin spirituel, toute violence même verbale est interdite. La fermeté face à l’autre sans colère intérieure peut être juste pour marquer une limite à ne pas franchir ; dans la colère émotionnelle, l’exigence n’est jamais juste.

3. Le marchandage:

Cette étape est moins connue et plus courte. Nous essayons de repousser l’inévitable. Nous nous disons : “Si je suis gentil, peut-être que Dieu, qui était sourd à ma colère, m’entendra”. Un mourant fait des réflexions insolites aux soignants : “Vous voyez, je bouge mes jambes comme vous me l’avez dit, je serai bientôt sur pieds, n’est-ce pas ?“. Après un échec ou un départ : “Si je deviens ceci ou cela, si je fais cela, il ou elle reviendra et je réussirai cette fois”. C’est là que la prière prend tout son sens et montre son utilité, son efficacité, dans la mesure où elle sert à nous amener vers l’acceptation de la réalité. Elle a aussi pour but de nous calmer et de nous apporter la paix intérieure.

4. Le doute :

Nous remettons en cause le chemin parcouru à ce jour. Nous nions notre partie divine, notre création, notre amour de la vie, de l’autre et de nous-mêmes.

Le doute nous ronge et déforme la vérité de notre vie, l’objectivité de ce que nous vivons et de ce qui nous entoure.

5. La culpabilité, le regret, le remords:

Nous nous croyons seul responsable d’un échec, de la souffrance de l’autre, des erreurs de notre vie. Nous oublions que la vie n’est qu’un terrain d’expériences nécessaires à la croissance de l’humanité. Chaque expérience, même douloureuse, est nécessaire.

6. La dépression :

Nous entrevoyons le manque, la mort ou l’échec. Nous réalisons tout ce que nous allons perdre, c’est-à-dire la séparation d’avec ce que nous aimons, nos attachements ou nos illusions. Nous pouvons adopter des attitudes comme l’activisme ou bien un comportement infantile. Á ce moment-là, tous nos messages verbaux ou non verbaux disent “Je demande une présence, de l’amour et de la tendresse”, que nous pouvons nous donner nous-mêmes, c’est cela être adulte. Nous cessons enfin le combat contre la réalité, notre ego capitule. Cette phase est très positive et indispensable. C’est le creux de la vague avant la remontée. Tout est éphémère, l’énergie se rétracte pour mieux se régénérer.

7. L’acceptation :

Si notre souffrance intérieure peut être acceptée et aimée, nous acceptons la mort, l’échec, la perte ou la désillusion et nous entrons en paix avec nous-mêmes, l’illusion disparaît. Un mourant éprouve le désir de laisser ses affaires en ordre, il demande de belles choses. C’est un moment ou l’on comprend combien il est nécessaire de prendre soin de soi, personne ne peut le faire à notre place. Mais pour cela il est nécessaire que nous ayons pu ressentir et accepter avant nos émotions, notre révolte, notre envie de vivre comme avant.

8. La paix profonde :

La tristesse et la joie se rejoignent, c’est l’extase, la paix du corps et de l’esprit, la libération.

Notre but, pour nous-mêmes ou celui que nous aidons, est d’accepter ces étapes sans les nier, sans les refouler. Voici quelques questions à se poser ou à poser à chacune des étapes :

– Qu’est-ce qui se passe pour moi (ou pour vous) en ce moment ?

– Quelles sont les sensations que j’ai (ou que vous avez) dans mon corps ?

– Qu’est-ce que je ressens (ou pouvez-vous parler de ce que vous ressentez) ?

– Je rentre en contact avec ma colère, ma peur, ma dépression, ma tristesse ?

– J’essaye d’accepter cette colère. De quoi est-elle faite ? A qui s’adresse-t-elle ? Qu’est-ce qu’elle empêche ? Etc.

– Je cherche éventuellement quelqu’un pour en parler.

J’essaye d’entendre les messages cachés, non dits ou dits de façon symbolique comme : – “J’ai peur”,

– “Je souffre ”,

– “Je souffre et vous ne souffrez pas, votre santé, votre bien-être m’insultent quelque part”.

Quand je fais un deuil de quelque chose ou de quelqu’un, j’ai besoin de me faire du bien, de prendre du temps pour moi. Je me donne de la tendresse et de la chaleur avec mes mains et je me donne de bons moments réconfortant (thé, promenade, amitié, massage, etc.) au delà du mental, du raisonnement.

J’ai besoin de rechercher la chaleur physique et humaine. Je me donne beaucoup d’attention et je cherche des contacts où je reçois de l’attention sans avoir besoin de jouer à la victime. La nature, les fleurs et toutes les bonnes choses de la vie m’aident dans cette épreuve.

La vie est une suite de deuils, à faire

et chaque deuil est une illusion d’enfant, à perdre.

– et –

Il y a toujours de la folie et du délire au milieu du processus de deuil.