Novembre et Décembre 2009

De l’attente à l’espérance

Dans l’espérance, il n’y a aucune attente de l’autre. Seul persiste une humble demande divine, il ne peut donc y avoir aucune déception, il n’y a que de la grâce et de la béatitude, en un mot un merci jouissif.

L’art de donner

J’entend encore cette phrase de Swamiji (dans ce que j’ai lu de lui) qui disait : « Si ce que vous donnez n’est pas reçu, c’est que vous n’avez pas donné. »

Mais parfois c’est reçu 10 ans après. En tous cas toute discussion et tout commentaire dans l’immédiat est inutile. En zen, un protocole empêche tout commentaire après avoir reçu une réponse du maître.

La première étape c’est d’abord se donner à soi. Dans ce que j’écris, je suis le premier bénéficiaire même si je mets des années à intégrer dans mon corps et dans ma vie ce que j’écris.

Quelques échanges de courriers

Bonjour André,

Belle journée à toi.

J’ai une question, d’apparence enfantine sans doute, caricaturale, mais qui est profonde pour moi, et pour laquelle seul mon mental trouve des réponses … qui ne me satisfont pas:

« Pourquoi chez la plupart des êtres humains il y a la croyance bien enracinée qu’il y a des « bons » et des « méchants »? Et que chaque être humain individuellement se place toujours du côté des « bons »?
Vois-tu la racine de cette « conception » du monde qui crée tant de violence? »

En tout cas moi je ne passe pas une journée sans me mettre à un moment du côté des « bons » face aux « autres » en les jugeant, et en me croyant supérieur, donc en les mettant du côté des « méchants », des « mauvais ». De temps en temps c’est l’inverse et c’est moi qui me juge en me croyant négatif face à d’autres que je vois supérieurs. A chaque fois j’ai l’impression que c’est comme si je rajoutais une tension supplémentaire sur la réalité, comme si je rajoutais un vide entre moi et l’autre qui peut se manifester par de l’agressivité, de l’hostilité.

Merci de ta réponse

Bonjour,

Ce que tu décris si justement dans ton mail correspond à l’immaturité des êtres humains. C’est à dire qu’ils sont, la plus part du temps, bloquer à un stade du développement de l’enfant. L’important est de constater cette réalité pour s’autoriser à évoluer soi-même ; et ce n’est pas le fait de comprendre cela qui est l’évolution. Tout ce que nous vivons dans notre vie et ce que nous observons chez les autres nous éclairent sur nos projections, c’est à dire notre niveau de développement intérieur et subtil. Plus j’avance dans mon chemin et plus j’observe des êtres humains qui ont atteint un développement intérieur et une maturité dont je ne soupçonnais pas l’existence. Et ces gens sont tout autour de nous sans que notre conscience puisse les reconnaître. Rien ne sert de vouloir les deviner à tout prix, sinon nous rentrons dans une phase d’idéalisation qui nous enferme un peu plus dans notre infantilisme.

Le fait que tu te rendes compte de ces qualificatifs de « bons » et de « mauvais » qui viennent de ton ressenti profond montre une grande ouverture vers l’humilité, la seule porte qui donne l’espoir d’une transformation et d’une évolution intérieure vers l’adulte que tu pourrais être un jour ou dans une vie future.

La croissance spirituelle correspond à l’intégration en soi du juste milieu en toute chose avec la vision indispensable des deux extrêmes, comme les berges d’une rivière où nous naviguons. C’est pour cela que nous devons expérimenter dans notre profondeur le pire du pire et le meilleur du meilleur, sans jugement de valeur, et correspondant à notre destin personnel. Seules la lucidité et la responsabilité nous évitent de détruire les autres ou de se détruire soi-même.

La pratique sincère, journalière, courageuse, humble et authentique d’une voie spirituelle est la seule solution pour permettre cette croissance de l’esprit, tout en gardant une certaine légèreté et même de l’humour concernant cette pratique.

Je voudrais aussi parler ici de la triangulation qui est le symbole mathématique de ce processus intérieur. Car c’est par l’acceptation que maman est parfois bonne et parfois mauvaise pour moi ; et, ensuite, que papa est parfois bon et parfois mauvais pour moi que j’accepte ces deux sources d’énergie différentes, sans les opposer et sans les comparer. Ce qui me permet de trouver ma propre source intérieure, solitaire et unique, guidant mes pensées et mes actions qui sont soit positives, soit négatives. Et à ce moment de la croissance je peux quitter ce vocabulaire de « bon » et de « mauvais » en acceptant toute chose comme expérience utile et indispensable pour le chemin de mon âme. A ce niveau la culpabilité et la honte sortent de mon corps.

Dans cette analyse, la psychologie et la spiritualité se rejoignent, mais la spiritualité va beaucoup plus loin. Le karma de chacun rentre en ligne de compte en permettant ou non l’évolution de notre âme. Nous ne sommes pas venus tous, dans cette vie sur terre, pour vivre la même chose. Certains viennent simplement survivre, d’autres viennent vivre l’école maternelle de la spiritualité, d’autres l’école primaire, d’autres le collège, d’autres le lycée, d’autres la fac, etc.

Tout ceci nous permet de rester humble pour nous mêmes et d’accepter, en les aimant, tous les êtres, sans chercher à les changer. Attention à l’orgueil spirituel qui nous rattrape toujours !

Voilà ce que je crois pouvoir te dire aujourd’hui et que tu me permets d’exprimer grâce à ton ouverture.

Avec mes bénédictions,

André.