Février 2010

Accepter c’est jouir, jouir c’est accepter

Le grand secret : apprendre à jouir dans la souffrance. Jouir, ce n’est pas mental, ce n’est pas intellectuel, c’est physique. Pour cela, le premier secret c’est apprendre à respirer en profondeur en toute circonstance, donc aussi dans la souffrance. Et le premier secret pour ce qui précède c’est apprendre à observer son corps en permanence, la « conscience témoin », « l’observateur intérieur », en toute circonstance, et non pas uniquement dans des méditations programmées qui ne sont que l’école maternelle de la spiritualité, mais pourtant nécessaires pour faire le point, sans jugement, du niveau de notre pratique à ce qui est ci-dessus. Pour pouvoir jouir dans la souffrance, il faut avant tout supprimer tout ce qui empêche de souffrir intérieurement : les dépendances de toute sorte, les médicaments de la psychiatrie, l’agitation, l’activisme, les projections mensongères, les fuites relationnelles, les attachements affectifs, la fusion (seul l’amour inconditionnel subsiste), les refus, les déformations de la vérité, les fermetures d’esprit, l’infantilisme, la concentration sur une activité, un métier, un hobby ou un sport, la sexualité compulsive, et même la spiritualité. Bien entendu, tout cela doit être progressif, respectons nos limites mais ne nous fabriquons pas de fausses limites statiques.

Quelques témoignages :

Bonjour André
Tout d’abord, merci pour ta liberté, qui m’amène sur le chemin de la mienne, même si je sens que j’ai à en payer le prix fort.
Je me permets de te poser cette question par rapport à l’argent:
Toi qui a peut être été obligé d’empreinter de l’argent pour faire aboutir tes projets, comment tu vis le « Bank is mother » sur ton chemin?
Je ne sais pas encore pourquoi je te pose cette question saugrenue ; elle m’est venue !
Merci d’être là pour me permettre de la poser.
Avec toute ma gratitude

Bonjour,

Je crois que tout est une question de conscience, Swamiji répétait inlassablement ; « Voyez, voyez, voyez… ». Voir la réalité permet de s’extraire de son monde émotionnel, fait de réactions stéréotypées, de mécanismes figés pendant notre enfance. En voyant clairement que la banque, c’est la mère, on peut observer nos comportements, nos désirs, nos peurs, nos exigences, nos frustrations et ainsi voir l’infantilisme qui nous dirige. Et, à chaque nouvelle aventure humaine où l’argent se trouve au milieu, nous grandissons un peu plus par nos décisions, nos prises de position, nos refus, nos acceptations sans chercher à être un adulte accompli. N’oublions pas que c’est un chemin et non un but. Donc, dans ce chemin, nous pouvons prendre des décisions contraires à ce qui nous paraissait juste quelque temps avant. Et même revenir à des choix ou des prises de position antérieures, car notre conscience sait que nous avons grandi et toute culpabilité ou toute honte se volatilise.

Voilà le jeu de la vie, c’est quand on arrête de jouer que ce n’est pas drôle et cela m’arrive encore aujourd’hui.

Amitiés, André.

Bonjour André
« Présent, attentif, en dedans et dehors de mon corps, à chaque instant. »
Mon cerveau résiste à la notion du en dedans et en dehors au même moment : à quoi cela ressemble t’il ?
D’accord, je connais intellectuellement la formule « être un avec ». Si j’essaye d’être un avec, mon corps peut commencer à se tendre.
Faut-il vivre cette tension jusqu’à l’insoutenable ? Ma respiration peut devenir, elle aussi, tendue, et je peux finir par me sentir perdu à l’intérieur, comme si j’étais coupé de l’extérieur.
C’est ma volonté qui me fait faire fausse route, et peut être aussi l’empreinte de mes années de pratiques de Zen.
Voilà, je te confie tout ça en vrac et j’ose me mettre en relation avec toi, en toute humilité, en te demandant une réponse : c’est un pas de plus pour moi !
Avec toute ma gratitude, H.

Bonjour,

Cela s’appelle awareness en anglais, cette attention permanente à ce qui se passe, en même temps, au dedans et au dehors de notre corps. C’est comme si nous avions une grande quantité de journalistes en nous en liaison directes avec le PC central. Chaque journaliste ayant une mission particulière dans chaque endroit de notre corps (c’est le but du Zen). Et d’autres sont des analystes de tout ce qui se passe dans notre environnement avec une spécialité pour chacun. Voilà, c’est cela « voir » et « ressentir ».

Quand tu parles de tensions, personnellement, je n’en ai jamais ressenti autant que maintenant. Et c’est là que le « OUI » est si difficile, et pourtant indispensable, si on veut aller vers une évolution positive. Le moment du lâcher-prise ne nous appartient pas, nous n’en avons pas le contrôle, c’est justement cela le lâcher-prise.

Voilà, tout va bien pour toi, ton chemin de croix est en route. Repose toi si tu veux, fais toi du bien, mais n’abandonne surtout pas. De toute façon tu ne peux pas, c’est dans ton destin et donc dans le désir de ton âme.

Chaleureuses pensées, André.

Bonsoir André,
J’ai une question André :
Comment être sûr que notre ego ne se trouve pas encore dans nos prises de conscience ?
Je t’embrasse.

Bonsoir,

La réponse est simple, notre ego se mélange toujours dans nos prises de conscience. Le chemin est si douloureux car le tri ne se fait que dans la souffrance. Nos « démons intérieurs » vont lutter à mort pour nous empêcher de quitter cet ego qui se faufile partout. Rentrer joyeusement dans ce combat contre une partie de soi-même est le défi divin qui nous est demandé ; et la pratique nous amène inexorablement dedans.

Dans la joie de côtoyer des êtres en mouvement, André.

Bonjour André

D’après toi, quel a été le vrai chemin de croix de jésus le Christ?

Bonjour,

J’ai envie de dire que le chemin du christ doit être compris comme une vie à part. C’est un destin bien spécifique destiné à quelques êtres dans le monde, peut-être même supérieur au chemin du bouddha. Pour moi, le christ, dés sa plus tendre enfance, était déjà un avatar, il avait franchi toutes les étapes de la libération et ses conditions de vie pendant son séjour dans le ventre de Marie, et dans sa petite enfance, lui a évité toutes blessures psychologiques profondes.

Son chemin de croix qui dure trois jours est un message symbolique d’une densité extrême pour nous guider vers notre propre chemin de croix beaucoup plus long, beaucoup plus chaotique, avec beaucoup d’erreurs, d’impasses et de doute.

Voilà en résumé ce que je ressens suite à ta question.

Bénédictions chaleureuses, André.

Bonjour André

Pour moi, le christ montre le chemin, il l’ouvre. Il est allé au bout de sa mission humaine et « divine », au bout de sa conviction, face à l’autorité religieuse en place, de l’époque et sans compromis, dans l’acceptation totale de ce qui l’attendais, parce qu’il était en contact avec son divin et était en obéissance totale envers Lui. Je pense que sans cela, il n’aurait pas pu assumer à 100 pour 100 ce destin.

Je crois bien que sans Dieu, je ne pourrais pas accepter mon chemin.

Je te remercie de préciser que le Christ n’avait pas de blessures psychologiques profondes. Çà me rend plus humble quant à la tentation de m’y identifier et m’aide à accepter la place qui est la mienne.

Merci André, merci Dieu à travers toi, H.