Juin 2010

Les limites

Je voudrais d’abord citer Swami Prajnanpad au sujet des limites dans le livre « ABC d’une sagesse » aux éditions de La Table Ronde, page 88 :

« Un mode de vie juste, c’est une vie sans excès. Ni trop, ni pas assez. Vous ne devez prendre ni moins, ni plus de nourriture que nécessaire. »

« Pour celui qui dépasse ses limites, la vie est une tragédie. Vous pouvez voir que toujours dans la vie, partout où il y a une tragédie ou un malheur, c’est qu’une limite a été dépassée. »

« Etant un individu, une entité particulière, vous avez des limites physiques, mentales, nerveuses, etc. Si vous connaissez vos propres limites et si vous essayez de rester à l’intérieur de ces limites, vous êtes libre. »

J’ajoute à cela le rappel d’une de mes cartes : « Les 24 essentiels du chemin vers Soi »

Les limites

« Je mets des limites entre moi et l’autre, tout en le respectant ; chacun est libre de fixer les siennes. Je respecte les limites de mon corps. Je vais vers son assouplissement progressif par une discipline corporelle régulière et personnelle. »

C’est vrai que, plus j’observe les gens, plus je me rends compte à quel point nous ne respectons pas nos limites. Pourquoi cela ? Parce que nous avons fabriqué dans notre psyché une multitude de devoirs, de règles de vie, de « je dois ». Pourquoi est-ce si difficile de modifier cela ? Parce que ce qui en découle peut bouleverser toute notre vie. Respecter ses limites, c’est oser déplaire à autrui pour ne plus avoir à se déplaire à soi-même. C’est toujours le refus de notre différence qui est si difficile à assumer. C’est oser se montrer dans sa petitesse, dans son handicap que l’on a mis toute une vie à cacher et surtout à se cacher, car bien souvent les autres ne sont pas dupes. Oser ses limites, c’est parfois modifier profondément son mode de vie, sa profession, sa « morale ». Avant de modifier sa vie, il faut se demander pourquoi et surtout pour qui nous avons accepté de nous violer et, ensuite, découvrir ce que nous attendions en échange. En réalité, nous attendions que notre mère ou notre père (ou des personnes équivalentes) dépassent leurs limites pour satisfaire nos besoins. Bien sûr tout cela est inconscient, il faut d’abord franchir l’étape où nous acceptons que c’est notre inconscient qui nous fait aimer et désirer. Et cet inconscient ce n’est pas notre âme, ce n’est pas l’aboutissement de notre destin. En comprenant cela nous trouverons la motivation pour changer ce qui doit l’être. Une grande difficulté est de faire le tri entre les vraies limites et les fausses limites. C’est là que l’enseignement de Swami Prajnanpad prend toute sa force : Rentrer avec courage dans ses peurs pour accomplir tous ses désirs refoulés et ensuite observer par la pratique qu’aucun désir ne peut être satisfait, soit par la découverte de nos limites physiques, émotionnelles ou mentales, soit par la vision de notre déformation de la réalité, car nous projetons notre monde intérieur sur les autres et les événements.

Les fausses limites, c’est tout ce qui est psychologique. Les fausses limites sont intérieures, dans notre psyché, dans notre inconscient, d’où la nécessité impérative de rendre notre inconscient conscient. C’est le but de toutes les pratiques religieuses et spirituelles.

Les vraies limites sont de l’ordre de notre handicap, la conséquence de ce que nous n’avons pas reçu dans notre corps, ou plutôt dans nos corps subtils, c’est notre limite physique. Pour les voir il faut régulièrement observer notre corps, nu, libre du regard de l’autre et de la société. Dans la retraite bouddhiste de 3 ans, 3 mois et 3 jours, les candidats passe la majeure partie de leur temps à s’observer devant une glace. Notre corps est la révélation de nos limites, par exemple, porter des lunettes nous montre notre limite à voir la réalité de ce qui nous entoure. Dans mon chemin, je découvre que mon but est de revenir au point de départ, lavé de toutes mes illusions sur moi et sur les autres. Je sens que je n’ai pas encore atteint ce point de départ qui me semble tout simplement se confondre avec l’arrivée.

Je rappelle que tout cela est le chemin vers la paix et le bonheur, la libération de notre karma, que nous sommes venu chercher dans cette vie terrestre.

Avec mes bénédictions, André.

Quelques témoignages :

Vous dites « Je ne suis donc pas anormale », cette phrase cache un refus de votre différence. En fait nous sommes tous anormaux, et c’est normal. Aucune normalité existe, elles sont toutes inventées par notre cerveau.

Cher André,

Comme il me touche ce mail mensuel…

Il est plein de cadeau, de paroles justes, vraies, grandes et qui m’aident un peu plus.

Des paroles amies, dans son sens le plus Haut.

Je me sens encore nourrie et je remercie de tout cœur ces témoignages, être témoin de si belles Grandeurs, qui acceptent leur « petitesse », leur handicap. Dont la tienne.

Très touchée au plus profond de mon Être.

Très tendrement et de tout mon cœur.

Bonjour André

A mon mariage, à la fin de la cérémonie, les personnes ont été invités à venir embrasser les mariés, est venu le tour de ma mère de m’embrasser et de me dire un je t’aime porté par l’émotion qui s’était dégagé pendant la cérémonie.

Je n’ai pu que l’enlacer en larme. Ce « je t’aime » m’interpelle :j’ai vraiment senti à cet instant qu’il était à accueillir inconditionnellement, et en même temps je sais très bien tout ce qui est en trop, même si j’ai du mal à le nommer. C’est quand même difficile pour moi de faire la part des choses.

J’ai pensé lui demander la vraie signification de ce « je t’aime », mais il m’a semblé que ce ne serait pas juste.

Si c’est juste pour toi, avec ton regard extérieur et ta distance, pourrais tu me donner ton éclairage ?

Avec toute ma confiance

Bonsoir,

Tout cela est tellement juste. C’est cela le chemin vers cette solitude profonde qui est l’aboutissement de la perte des illusions. Ton hésitation à demander des explications à ta mère, et ta demande envers moi, prouve que c’est bien difficile de lâcher prise et d’accepter ce que tu perçois comme juste pour toi ; même si tu ne sauras jamais quelle est la vérité de ta mère. Ce que tu peux être sûr, c’est que, comme tous les êtres humains, elle a une partie magnifiquement belle et une partie magnifiquement noire, destructrice, castratrice. De toute façon, si elle t’avait parlé de ce qu’elle ressentait, elle aurait parlé avec son vécu, forcément différent du tien, donc complètement incompréhensible pour toi. Ta compréhension n’aurait été que le fruit de tes projections et de tes désirs refoulés. Dans l’amour que tu as ressenti dans les bras de ta mère, il y a de toute façon la trace profonde de l’amour universel présent en toute chose et donc en toute personne ; et de cela, tu peux en être sûr. En tous cas, ta mère a toujours le souvenir de ce qu’elle a vécu quand elle t’avait dans son ventre et, en regardant la plus part des femmes enceintes, tu peux percevoir le bonheur profond qui les traverse, au moins par moment, et que ta mère a vécu avec toi.

Bien tendrement, André.