Septembre 2010

La respiration

« Je respire librement, mon souffle est profond et relâché. Est-ce que ma souffrance limite ma respiration ? Dans ce cas, c’est la respiration qui doit avoir toute la priorité, et j’accepte, en conséquence, le développement de ma souffrance, sans limiter ni sans forcer ma respiration. »

Ceci est une des 24 cartes essentielles et peut-être même la plus essentielle de toutes. Toutes les spiritualités asiatiques donnent une large part à la respiration et aux exercices nécessaires à la libération de cette respiration. Au début de mon chemin, je pratiquais un exercice qui n’était malheureusement pour moi qu’un exercice à cette époque et donc je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’une simple aide pédagogique pour intégrer la signification d’une respiration libre. Je devais inspirer en comptant jusqu’à 3, prendre un instant, inspiration pleine, relâcher l’air en comptant jusqu’à 4 et recommencer ainsi de suite. Plus tard j’ai compris qu’il s’agissait tout simplement de la respiration que l’on entend d’un enfant serein qui dort et dont la respiration naturelle se comporte avec le rythme ci-dessus. C’est cette respiration que nous devons ressentir à chaque seconde de la journée dans n’importe quelle situation émotionnelle ou conflictuelle. Ce qui est bien-sûr impossible au début du chemin. Cela n’est possible qu’en respectant nos limites physiques, même et surtout si elles sont très petites, et non pas en obéissant à nos peurs (de la solitude ou de la différence) et à nos désirs. Le piège c’est la comparaison, l’identification ou la fusion qui nous amènent à de fausses limites. Il faut adapter notre vie à nos limites physiques, émotionnelles et mentales sans pour cela fuir nos responsabilités. Nous revenons à l’essentiel, à notre essentiel, en abandonnant petit à petit nos faux « essentiels » appris ou copiés.

Autrement dit, c’est notre refus de la différence qui nous amène tout droit vers la culpabilité et la honte. Tout est relié. Et ainsi la culpabilité et la honte bloque ou entrave notre respiration par l’intermédiaire de notre mental. La colère peut parfois libérer tout cela jusqu’à l’acceptation et l’amour dans une respiration libre et sereine. Bien sûr tout cela nous concerne personnellement et l’autre n’est pas responsable, il n’est que le révélateur demandé par notre Dieu intérieur. C’est le dépassement de cette colère qui est  libérateur et nous permet de voir enfin la situation réelle. Rien ne nous empêche ensuite de nous positionner, de poser des actes justes et même de quitter, mais sans explication car personne ne peut nous comprendre, c’est impossible. Nous devons juste respecter nos limites pour respirer librement la vie. L’autre est accepté et aimé dans sa différence.

C’est la présence à notre respiration et en même temps avec tout ce qui se passe de subtil en nous et autour de nous. Ce n’est pas de la concentration sur notre respiration, bien au contraire, c’est une ouverture de plus en plus grande à tous nos phénomènes physiologiques dans la relation au monde qui nous entoure. Nous devons passer de la présence crispée, dictée par la peur et le désir, qui contrôle la respiration, à la présence dictée par l’amour qui libère et détend la respiration. Nous apprenons aussi à séparer notre respiration du reste de nos manifestations physiques, c’est la découverte de ce qu’est notre liberté intérieure. Notre respiration libre, c’est la découverte du bonheur. Bien sûr nous devons essayer de libérer tout notre corps, mais c’est la respiration libre qui rend heureux.

Maintenant je donnerais plutôt une explication plus poétique de cette liberté respiratoire. Je dirais de laisser monter l’air dans son corps comme si il escaladait une montagne jusqu’au sommet, ensuite regarder un instant le paysage tout autour et se laisser redescendre entourée de cet air-énergie, sans aucune volonté, sans aucun contrôle, jusqu’à la disparition du souffle dans la profondeur de la terre. Ce que j’ai mis longtemps à comprendre, c’est qu’il ne s’agissait pas de remplir simplement ses poumons mais de remplir de ce souffle-énergie tout son corps, tous ses corps subtils (les 7 couches de l’aura) et aussi son cerveau.

Il y a quelque temps en observant de façon neutre ma respiration, j’ai ris en voyant qu’elle suivait parfaitement ce rythme 3/1/4 sans aucune intervention de ma part et qu’il est donc complètement illusoire de se fier à des exercices pour libérer sa respiration. Il faut surtout observer en permanence cette respiration pour voir ce que l’on met en place pour la freiner, la contrôler, la bloquer. Et, bien entendu, c’est dans la relation avec autrui ou dans nos délires intellectuels que c’est absolument nécessaire. Bien-sûr, cette liberté respiratoire va permettre à des sensations corporelles nouvelles de prendre leur place et c’est là que nous devons perdre l’illusion qu’il ne faut pas être perturbé émotionnellement dans la relation avec les autres ou avec nous-mêmes. Moi, je suis perturbé physiquement en permanence et c’est cela la vraie vie. Ces perturbations ne deviennent ensuite que jouissance physique, c’est à nous de modifier notre façon de les percevoir.

Un témoignage :

Bonjour André,

Quel est ce chemin vers la souffrance ? Je sais que ça passe par un effort de présence à moi-même, justement au niveau physique, mais peux-tu m’en dire plus ?

Bonjour,

Oui, c’est un lâcher prise de grande ampleur qui permet au corps d’exprimer tout ce qu’il a à exprimer. Pour cela, toutes les émotions refusées de la petite enfance doivent refaire surface, d’abord avec une impression d’intolérable, d’insupportable, pour se rendre compte au final qu’aujourd’hui elles sont parfaitement acceptables. Et, ensuite, les émotions d’aujourd’hui, les sentiments justes, les visions de la réalité pourront prendre leur place naturelle dans l’instant présent.

Alors, comment aider notre inconscient à lâcher prise car tout cela est inscrit dans une profondeur abyssale de notre inconscient, jusqu’à transformer notre système neurologique, bloquer la circulation naturelle par l’intermédiaire de nos synapses et imprégner de faux messages, de fausses croyances dans notre disque dur interne ?

Tous les messages que je propose sur mes 24 cartes, sur mon document intitulé « messages inconscients » et tout ce qui figure dans « documents divers » n’ont pas d’autre but que de provoquer une transformation de ces systèmes neurologiques en vue de rétablir ce qui doit être naturel et spontané. Tous ces messages sont à relire souvent jusqu’au moment où nos résistances, nos démons intérieurs, notre diable personnel, notre inconscient négatif, arrêterons de transformer, d’effacer de notre conscience, de créer d’autres messages opposés, de mettre le doute dans notre chemin. C’est très difficile car toute une armée intérieure, formée par notre histoire, par notre famille et par notre culture se met en marche pour nous empêcher d’intégrer dans notre vie de tous les jours ces vérités qu’une partie subtile de nous-mêmes sait qu’il s’agit de la vérité, de la réalité suprême.

Au niveau physique, tous les exercices spirituels, surtout ceux qui concernent la respiration sont des aides, et seulement des aides, pour ce lâcher prise.

C’est à chacune et à chacun de gérer son chemin à l’aide de son intuition et de ses propres rencontres, guidé par son divin intérieur personnel. Quant à moi, mes émotions refoulées n’ont pu prendre leur place que pendant les longues heures de solitude dans mon lit ou dans la nature. En tous cas, par là où peut passer ton chemin, les messages plus hauts sont essentiels.

Je rappelle que les émotions sont la matérialisation physique d’un refus d’une réalité de sa vie, pourtant indispensable au niveau karmique. Derrière chaque émotion se cache une souffrance, qualifiée d’intolérable par notre mental, que nous devons déloger pour lui permettre de prendre toute sa place et finir sa vie dans la matière de notre corps physique.

Voilà, c’est tout un enseignement qui n’a de valeur que dans sa pratique pendant de nombreuses années.

Bien tendrement,
André.

Merci André,

Encore une fois, tes mots m’éclairent, c’est bien mes résistances qui m’empêchent de t’adresser mes questions, mon « celui-qui-croit-tout-savoir » ou mon « celui-qui-se-juge » intérieur.

Je vois mieux le cheminement, et l’exigence qui l’accompagne.

Merci.