Octobre 2010

Le chemin, pas le but


Mon chemin est unique et solitaire, il ne peut se partager que par moments avec d’autres, jamais en permanence ni en exclusivité. Mon chemin est sans fin, sans but, sans arrivée et sans départ.

Dans le chemin, il n’y a qu’un seul secret : Jouir dans la souffrance. Voilà un mot, souffrance, qui n’a pas du tout le même sens dans la bouche des différents êtres humains. Dans ceux qui ne sont pas engagés dans un chemin de libération, il signifie : phénomène à se débarrasser le plus vite possible par tous les moyens sans se soucier des conséquences sur ceux qui nous entourent. La télévision, la politique et tous les médias sont fait pour eux (à part de rares exceptions). Pour ceux qui sont viscéralement engagés dans un chemin de libération, de connaissance de soi, de combat contre soi-même, de résurrection, d’immortalité, ce mot signifie : apprendre à jouir dans la souffrance, celle qui fait partie de notre chemin de croix personnel. Et pour les très rares personnes qui sont arrivés au bout du chemin, cela signifie : « Mais comment ai-je pu qualifier de “souffrance“ cette suite de phénomènes naturels et divins qui sont ma simple raison d’exister dans ce monde, comme un oiseau est là pour manger les insectes, l’eau pour abreuver plantes et animaux, le soleil pour amener chaleur et énergie ? »

Toute transformation est douloureuse, c’est naturel et nécessaire, jusqu’à ne faire qu’un avec cette transformation et n’être plus que transformation permanente, naturelle et spontanée, sans aucun jugement de valeur.

Ne confondons donc pas le chemin et le but. Ceux qui voudraient être déjà au but, c’est qu’ils ne sont pas encore en chemin, car découvrir la jouissance dans ce que nous qualifions de souffrance suffit à nous rendre heureux. D’abord dans de rares instants, puis, petit à petit, de plus en plus souvent, jusqu’au bonheur permanent qui ne peut pas être sans souffrance mais simplement en changeant le sens de ce mot dans notre psyché.

La première étape, c’est de faire vivre toutes les souffrances enfouies dans notre corps. Une maman de mon entourage disait qu’elle n’avait aucun souvenir des souffrances de l’accouchement de son bébé. Alors que voilà bien une étape cruciale pour apprendre à jouir dans la souffrance, c’est même le plus beau cadeau sacré et divin que l’on peut offrir à son bébé et qui va lui garantir une vie plus juste. Cette maman avait coupé la sensation de sa souffrance.

Quand j’étais en groupe de thérapie, les pauses étaient faites de discussions visant à expliquer que notre souffrance était plus importante que celle des autres. Cela n’est pas le chemin. Le chemin c’est de se libérer réellement de la notion de victime sans rentrer dans la culpabilité. Mais il vaut mieux laisser sortir des jérémiades de victime (mais en conscience, avec distance et si possible humour) plutôt que de se culpabiliser ou d’avoir honte de soi, ou pire encore, d’accuser les autres de notre souffrance.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire, mais c’est après avoir complètement accepté et aimé cette “souffrance“. Pour un sage, ce processus est instantané, mais ne brûlons pas les étapes. Il n’y a de possibilités réelles d’évolution que si nous passons par les étapes d’acceptation et d’amour. Notre karma n’est pas gratuit, il est nécessaire pour notre évolution personnelle. Chaque karma est différent, rien ne sert de se comparer si ce n’est pour visualiser et ressentir notre karma personnel et donc le chemin qui nous est demandé dans cette vie présente. Cette vision d’évolution et du but ultime de cette évolution ne doit pas être un mirage qui nous dissimule notre chemin de chaque jour, de chaque instant et de chaque rencontre. N’oubliez jamais que le bonheur doit être dans le chemin et non pas dans le but.

Quelques réflexions de Swami Prajnanpad :

« Cela demande toute une éducation pour apprendre à jouir, à être satisfait par la jouissance ; simplement parce qu’on ne peut trouver de satisfaction ou de liberté en se tenant à l’écart… On ne peut apprendre à nager sans entrer dans l’eau. Une seule jouissance peut satisfaire, alors que mille peuvent ne rien vous apporter. »

« Ne faites jamais rien que vous n’aimiez pas ou n’éprouviez pas de plaisir à faire ! N’agissez que si vous sentez qu’en le faisant, vous gagnez quelque chose. »

« La jouissance vraie ou l’expérience consciente et délibérée est nécessaire, non seulement pour ce qui est agréable, mais aussi pour tout ce que vous considérez comme désagréable et notamment lorsqu’on revit les expériences du passé. »