Décembre 2011

Mail mensuel n°36 – Décembre 2011

Être un homme et non pas faire l’homme

Être une femme et non pas faire la femme



Un jour, il y a une douzaine d’années de cela, j’ai été voir une homéopathe qui m’avait été recommandée par ma thérapeute et je lui ai demandé de m’aider en lui disant la simple phrase : « Je veux être un homme. » Elle s’est mise en silence, a ouvert les tiroirs de son bureau, en a sorti des gros livres et les a consultés pendant de longues minutes. Puis, après une longue réflexion, a dit ces quelques mots : « Oui, c’est çà ! » Enfin, au bout d’une demi-heure, elle referme ses livres, prend son carnet d’ordonnances et y inscrit quelques mots latin. Enfin, elle s’adresse à moi et me dit de prendre quatre granulés du petit tube que me donnera le pharmacien et de jeter le restant. Très étonné, je lui dis « Et c’est tout ? » Elle me répond « oui ». J’ajoute : « Est-ce que je dois vous revoir ? » Elle me répond « non ». Et je suis rentré à la maison avec ces granulés que j’ai pris religieusement et plein d’espoir.

Douze ans se sont écoulés et je ne suis toujours pas un homme adulte. Heureusement, j’ai progressé, beaucoup progressé. J’existe, je me positionne, je ne me justifie plus, je ne mentalise plus la situation, je l’analyse objectivement, j’en perçois tous les aspects, je suis attentif à l’extérieur et à l’intérieur de mon corps, je privilégie ma respiration à toute idée mentale, à tout commentaire, à toute réaction. Je donne de la place à toutes mes émotions, mes colères ne sont plus que « mes » colères, les autres n’en sont plus responsables.
Par contre, une simple colère violente de ma femme suffit à me clouer, pétrifié, dans mon fauteuil, essayant de respirer le plus librement possible dans ce corps tendu, douloureux et incapable de bouger.

Je sais qu’au fond de ma psyché, de mon inconscient, il reste la peur d’être rejeté, la peur de la séparation, la peur de perdre ma liberté, la peur de perdre l’amour qui m’entoure. Et pourtant, ma pratique est sincère, profonde, régulière, courageuse, permanente dans mon esprit, affichée aux murs de ma chambre. Ne loupant aucune occasion d’actes symboliques pour progresser dans le chemin, priant, méditant, choisissant, à l’écoute de mon Dieu intérieur, chaque couleur que je dois mettre sur mon corps, chaque jour, chaque nuit et aussi autour de moi, dans mon environnement.

J’ai, à cet instant, une pensée compassionnelle pour toutes ces femmes et même ces hommes qui, en plus, subissent la violence physique de leur conjoint.

Le chemin n’est vraiment pas simple… Quand un de ses collaborateurs demanda à Arnaud Desjardins, un an avant sa mort, ce qu’il aimerait que l’on marque sur sa tombe, il a dit avec une pointe d’humour : « Vous marquerez : La libération c’est possible mais ce n’est pas de la tarte ! » Eh bien, être un homme, être une femme, c’est possible mais ce n’est pas de la tarte !

Quand je dis qu’il n’y a qu’un seul secret, c’est : « Jouir dans la souffrance », beaucoup semblent mettre cette idée dans un futur lointain hypothétique alors qu’il s’agit de la simple porte d’entrée de ce chemin. Tant que cette vérité n’a pas été comprise, acceptée, ressentie, expérimentée, intégrée, quoi que vous en pensiez, le vrai chemin n’est pas encore commencé. Tant que vous êtes en colère et que vous croyez que l’autre est responsable de votre colère, vous n’êtes pas en chemin. Tant que vous vous gavez de livres, de romans, de stages, de belles paroles, aussi justes et spirituelles soient-elles, vous n’êtes pas en chemin.

Bien entendu, nous avons le droit, et même le devoir, à des récréations, des pauses, des ressourcements, mais à condition de les percevoir comme tels et non pas de croire que vous pratiquez dans un stage, dans un ashram ou dans un groupe spirituel quelconque. C’est dans la vie quotidienne que l’on apprend à être un homme ou une femme et non pas à faire l’homme ou la femme en appliquant des recettes aussi « magnifiques » soient-elles.

Je suis là où j’en suis et non pas là où je voudrais être