Avril 2012

Mail mensuel n°39 – Avril 2012

La relation maître / disciple

C’est une relation qui fait souvent peur parce qu’elle est mal comprise. Les maîtres de l’Inde parlent souvent d’une obéissance absolue au maître. Il y a en effet dans certaine voies dévotionnelles un préambule de soumission. Mais cette soumission est faite pour se transformer petit à petit en soumission à « Dieu », c’est-à-dire à la vérité ultime de notre chemin personnel que nous cherchons à fuir ou à transformer.

Dans la voie que j’ai suivi auprès d’Arnaud Desjardins venant de Swami Prajnanpad, c’est une voie plus libre et donc jalonnée d’impasses, d’erreurs, de raccourcis dangereux. Dans celle que je transmets, c’est encore plus libre et très peu de personnes en ont compris le sens et l’exigence. Je m’adresse à tous ceux et à toutes celles qui peuvent trouver en eux ce filament si fragile qui nous guide depuis notre naissance. Toutes ces personnes ont une grande fragilité psychologique que je connais bien vu mon histoire personnelle. C’est là le plus grand piège pour confondre Dieu et le Dieu en soi, confondre la volonté et le lâcher prise, confondre le pouvoir et l’autorité, confondre ses limites avec celles des autres, confondre l’amour et la servitude, confondre sa psychologie infantile avec l’ordre divin.

Swamiji disait qu’il n’avait pas de disciple mais seulement des apprentis-disciples. Moi je dirais plutôt des « pratiquants une discipline spirituelle ». Cette discipline que je répète sans cesse sous différentes formes pour laisser à chacune et à chacun la liberté d’en comprendre le sens et de l’adapter à ses blessures personnelles. Cela n’a rien à voir avec une psychothérapie ou avec des stages de bien-être qui sont parfois des éléments indispensables dans notre chemin. Ce ne sont pas non plus des séances avec des thérapeutes de toutes sortes qui pourtant peuvent nous éclairer profondément sur nos faiblesses et nos handicaps, autant physiques que psychologiques, à condition d’exister face à ces thérapeutes, sans y être soumis aveuglément et sans les manipuler de façon consciente ou inconsciente.

Pourquoi faut-il avoir un maître. Un maître vous parle parce qu’il vous connaît et vous voit jusqu’au plus profond de votre âme, alors qu’un psychothérapeute vous écoute et parfois vous transmet sa connaissance personnelle. C’est différent et c’est important d’oser se confronter intimement à un maître qui va vous permettre de remettre en cause la construction de votre personnalité. Certains psychothérapeutes ont atteint un niveau de maître et certains maîtres n’en ont que le nom, à vous de ressentir à qui vous avez à faire.

Bien-sûr, le but est de découvrir notre maître intérieur à condition de ne pas le confondre avec notre mental, c’est-à-dire tout ce qui est issus de nos peurs du passé et de nos désirs ou de nos besoins non satisfaits de notre enfance. C’est important de découvrir tous ces manques mais c’est encore plus important de voir leurs traces dans nos comportements quotidiens, dans nos attachements ou dans nos répulsions d’aujourd’hui. C’est là un combat colossal que nous devons engager contre nous-mêmes et non pas contre des ennemis imaginaires. Tant que nous nous croyons victime, nous oublions de grandir et de lâcher le faux besoin de changer le monde ou de changer les autres. Sachez qu’il ne peut pas y avoir de victime sans être en même temps un bourreau.

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Témoignages :


Bonjour H.,
Dans tout changement intérieur, on passe par des moments de pagaille intense, cela aussi il faut l’accepter et l’aimer autant que faire ce peut.

Les changements ont lieu à plusieurs niveaux différents, c’est pour cela que nous croyons repasser au même endroit, mais c’est comme à l’école, dans les classes supérieures, nous revenons sur des connaissances déjà étudiées mais avec beaucoup plus de détails et de subtilités.

Comment trouver les limites justes avec ses enfants ou ceux que la vie nous prête ? C’est parce qu’il faut partir de ses propres limites physiques et accepter en conscience d’être injuste, limité, infantile par rapport à ce que nous sommes capable aujourd’hui de mettre en place. C’est en s’aimant soi et en aimant l’autre que tout cela peut être accepté. Aimer un enfant, ce n’est pas lui obéir, c’est faire ce que l’on peut, sans regret, sans héroïsme, avec humour et avec le sourire dans le cœur. Ce qu’il faut lâcher, c’est le désir d’être parfait pour devenir simplement perfectible. Ce qu’il faut lâcher, ce sont nos colères, nos refus, nos jugements, sur nous-mêmes et, par voix de conséquence, sur les autres. Ce qu’il faut lâcher, ce sont tous les commentaires, toutes les justifications, que l’on se fait ou que l’on donne pour expliquer nos prises de décisions. Le silence est vraiment la principale des vertus.

Christophe est là pour t’obliger à voir tes propres limites, à accepter qu’un enfant peut se détruire s’il en a envie, et même mourir. Pour mes enfants adolescents, je vois avec distance, humour et amour leurs impasses, leurs choix de certaines fréquentations destructrices ou dépendantes. J’accepte qu’ils meurent, qu’ils souffrent, qu’ils abîment leur destin, qu’ils alourdissent leur karma. Cela ne m’empêche pas de multiplier les câlins, de profiter physiquement de leur présence, de leur corps, de leur sensualité et de me réjouir chaque fois que je leur donne un « NON » ou un « OUI ». Bien entendu, cela ne m’empêche pas de douter, j’aime ma fragilité et donc celle des autres. Ce qui me fait le plus souffrir ce sont les certitudes que la plupart des gens déversent pour se rassurer.

Je rappelle que pour l’éducation d’un enfant, ce sont (en anglais) les 4 « L » : Love, Light, Liberty, Limits, c’est à dire Amour, Éclairage sur la vie, Liberté et Limites. Cela n’a rien à voir avec « éduquer son enfant ». Un enfant s’éduque par ses propres expériences et avec les exemples qu’il a autour de lui. Les limites sont toujours différentes et évolutives avec l’âge et le sexe, elles doivent être le plus ouvertes possibles. Je découvre aujourd’hui combien il m’est difficile d’accepter la différence de point de vue entre moi et ma femme et combien cela m’apporte d’émotions, sans pouvoir expliquer mes prises de position, car la différence fait qu’elles ne peuvent pas être comprises.

André.

Bonsoir H.,
Le maître est celui qui a appris combien la liberté est importante dans une relation qui a pour but de permettre à un être de grandir. Le maître éclaire mais il laisse à celui qui l’écoute la liberté de ne pas entendre, la liberté de se tromper, la liberté de se mettre en colère, la liberté de trahir, de fusionner, de s’identifier, de rejeter, d’idéaliser ou de transformer les messages. Personne ne peut avancer sans erreur, sans permettre à l’ego de prendre toute sa place, orgueilleuse, séparée du monde et de la réalité. L’ego, ce que l’on croit être soi, doit grandir jusqu’à la capitulation humble pour se noyer dans l’amour de soi et l’amour de l’autre, dans toute sa faiblesse. Le lien au maître, c’est l’espace qui permet de faire ses expériences sans jugement, sans conseil, sans morale humaine, pour expérimenter une morale bien plus profonde, libre des religions et de toute culture. Tout accompagnement éducatif (et non pas éducation) se construit sur la liberté, avec la connaissance des limites à donner et de l’âge réel de l’âme que l’on accompagne, tout cela en étant libre de ses propres projections.

Mort et renaissance, c’est le chemin, tendresse,
André.

Bonsoir André
je voudrais témoigner ici des moments de joie profonde et de paix que j’ai pu vivre auprès de mon père mort et lors de l’incinération.
Je ne sais pas si je délire, mais j’ai l’impression que mon père et moi on s’est accompagné mutuellement dans ce passage.
Je me sens un peu seul  avec ces sentiments nouveaux qui ne semblent pas ordinaires face à la mort qui ordinairement aurait du m’angoisser.
En tout cas ça ne m’empêche pas d’avoir à traverser mon deuil. C’est peut-être ça jouissance et souffrance?!
Merci de m’accueillir
Je pose ma tête sur ton épaule
Je t’embrasse
H.

Bonjour H.,
Dans notre chemin personnel, au gré des circonstances, et jamais par hasard, nous traversons des moments de grâce qui nous permettent de découvrir ce qu’est la joie et la paix profonde reliées à la vérité universelle. Ces moments « magiques » sont là pour nous encourager et nous permettre de nous en souvenir quand nous serons au milieu de nos tempêtes intérieures. Tout est provisoire, même ces états de grâce, mais c’est en les vivant pleinement que l’on apprend à vivre les moments perturbés de façon sereine et paisible.

Il n’y a pas une vérité permanente. Dans notre chemin, nous vivons une suite de vérités personnelles qui nous amène inexorablement vers la vérité universelle. La confiance en soi et l’amour de soi, c’est l’acceptation jouissive de ces découvertes qui peuvent se dire mais qui ne se partagent pas, car elles sont toujours différentes du chemin, et d’un moment sur ce chemin, des personnes que nous côtoyons. L’important, c’est d’être toujours en mouvement en laissant notre esprit, notre cœur et notre corps changer d’avis, en ne laissant rien s’installer de façon définitive.

Tendresse,
André.