Juin 2012

Mail mensuel n°41 – Juin 2012

Apprendre à souffrir

Apprendre à jouir

Oui, cela s’apprend, soit avec notre mère dans la relation fœtale et à l’accouchement, soit cela s’apprend de façon moins naturelle à tout moment de notre vie.

Vous ne pouvez pas dire « je sais souffrir mais je ne sais pas jouir » ou le contraire « je sais jouir mais je ne sais pas souffrir », car ce sont les deux facettes de la même médaille. Apprenez l’un ou l’autre, vous arriverez au même endroit.

C’est le développement de notre propre sensibilité qui apporte cette connaissance. Plus nous mettons à jour notre fragilité intérieure, notre vulnérabilité, notre sensualité, notre émotivité, plus la vraie souffrance et la vraie jouissance prennent leur juste place. A condition d’avoir compris notre différence, notre unicité, notre destin personnel, notre karma. Il ne faut pas chercher à l’extérieur des exemples à suivre mais être à l’intérieur de soi en osant être la simple conséquence de notre histoire d’enfant.

Il faut accepter de ne ressembler à personne et il faut accepter de transformer notre souffrance en simple douleur accompagnée d’une respiration complète et libre.

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Témoignages :

Bonsoir André,
Comme je te l’ai dit il y a quelques jours le texte sur les OUI/NON m’aide beaucoup.
En revanche dans les OUI, tu parles beaucoup d’événements extérieurs: ma femme me quitte …
Or je rencontre aussi des OUI et des souffrances à accueillir par rapport à moi-même. Par exemple avec mes petits enfants, je voudrais être toujours aimante à l’écoute … or il m’arrive de m’énerver, de crier, de menacer …
Après c’est une grande souffrance d’accepter que j’ai été comme cela, alors que je voudrais leur donner tant d’amour !
Est-ce que ce genre de choses est aussi à mettre dans les OUI, ou bien est-ce que je mélange plusieurs choses ?
Merci pour ta réponse et belle soirée,
E.

Bonsoir E.,
Oui, bien sûr, c’est aussi à mettre dans les « OUI », car comme tu le dis si bien, il s’agit, après le « OUI », de laisser remonter la souffrance qui ne manque pas de venir puisqu’elle n’est plus dissimulée derrière des jugements mentaux, ou derrière des projections, pour éviter la culpabilité ou la honte. Cette souffrance est à vivre pleinement afin que ton corps l’entende et qu’il commence à chercher une autre solution pour l’avenir. Ce sera peut-être très long mais le temps n’a pas d’importance dans la spiritualité.

Derrière tes colères regarde bien là où tu dépasses tes limites… Nous ne pouvons être dans l’amour que lorsque nous respectons nos limites actuelles même si elles paraissent moralement injustes ou très petites.

Un grand merci d’avoir souligné cette précision bien utile à tous.

Tendresse,
André.

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Bonjour André,
j’ai une question:
je ne comprends pas, il y a quelques temps de cela au téléphone tu me parlais de confiance…L’autre jour d’autre chose.
Peux-tu m’éclairer, j’ai l’impression d’avoir raté une étape
merci S.

Bonjour S.,
En réalité, il ne faut faire confiance à personne, du moins dans une confiance aveugle qui trie les personnes avec qui je peux avoir confiance et les autres. Et surtout, il ne faut pas avoir une confiance aveugle en soi-même.
Un jour ma directrice, quand j’étais cadre au grand magasin « Le printemps » m’a dit : « La confiance n’empêche pas le contrôle ». J’ai mis longtemps à comprendre et à accepter comme juste cette phrase. Il ne s’agit pas du contrôle de l’autre ou de soi-même dans une rigidité intérieure, mais d’accepter que chaque être humain est faible, y compris moi-même, et donc je vérifie les conséquences de mes actes et de ceux des autres.

Dans ce chemin de libération entre la non confiance et la confiance aveugle, nous passons par une crise plus ou moins longue et plus ou moins violente de paranoïa. Dans mon chemin personnel, maintenant que j’en suis sorti, je regarde les paranoïaques avec compassion, sans toutefois participer à leur folie.

En réalité, il ne faut avoir totalement confiance en personne, ni à soi même, ni à son maître. Je vais citer ici un exemple qui me concerne dans l’ashram d’Arnaud Desjardins. Il répétait souvent comme consigne de s’asseoir par terre sur des coussins quand on venait l’écouter parler dans ce qu’on appelle « La grande salle ». Des chaises se trouvaient au fond contre le mur et il disait qu’elles étaient réservées pour les personnes fortement handicapées dans leur corps. Je n’avais pas encore compris à quel point mon corps était « handicapé » et que je m’interdisais ces chaises alors que je souffrais le martyr quand j’étais au sol pendant deux heures. Cela m’a permis de découvrir que j’étais le seul à voir et à accepter mon handicap corporel. Au bout de plusieurs années, j’ai osé m’asseoir sur une chaise avec plein de culpabilité, surtout quand le regard d’Arnaud se fixait dans le mien.

Comme si il pouvait deviner les souffrances de ma colonne vertébrale !… Maintenant je sais que personne au monde ne peut me comprendre totalement et que je dois prendre soin de mes besoins sans chercher quelqu’un qui m’approuve.

Ma première confiance erronée fut avec ma mère en tant que bébé dans son ventre et dans mon enfance.

Voilà ma méditation sur ce sujet, tendresse,
André.