Mars 2013

Mail mensuel n°50 – Mars 2013

Swami Prajnanpad

Je consacre ce mail mensuel aux messages de Swami Prajnanpad pour vous inciter à compléter ce que je transmets par ses citations, recueillies dans le livre « A B C d’une sagesse » aux éditions Albin Michel collection Spiritualités Vivantes que je vous encourage à consulter régulièrement.

Quelques exemples :

« Vous devez faire un très gros effort, aussi grand que possible. Pour aller où ? Là où vous êtes. Tout est ici et maintenant. Mais vous ne le voyez pas. »

« Pour la réalisation de la vérité, il n’y aucune arme plus puissante que celle-ci : s’accepter soi-même. »

« Accepter, c’est être actif et non passif, c’est tout à fait le contraire de l’inaction. »

« Si j’aime quelqu’un et que je n’aime pas quelqu’un d’autre, c’est que j’éprouve une passion amoureuse. Aimer, c’est aimer tout le monde. »

« Aimer, c’est comprendre et sentir que l’autre est différent. »

« Aimer : ce n’est pas penser ensemble mais grandir ensemble. »

« En amour, il n’y a ni sacrifice ni obligation. »

« Voir la vérité de la différence, c’est l’aspect intellectuel. L’aspect affectif, c’est ne rien attendre de personne. »

« Ce n’est pas les autres qu’il faut changer mais vous-même. »

« Soyez toujours prêt à être surpris… »

« Le chemin, c’est se connaître soi-même ici et maintenant, être tel que l’on est ici et maintenant, grandir, se transformer, mûrir. »

« Ce n’est pas du monde que je dois me libérer, mais de mon monde à moi. »

« Les probabilités sont limitées et les possibilités infinies pour tout homme. »

« Tout ce qui vous arrive à vous, provient de l’attirance que vous exercez. »

« Chacun ne s’intéresse qu’à lui-même. Cette règle ne souffre aucune exception. »

« Avant de donner, vous devez voir si l’autre est en position de recevoir. »

« Toute action qui ne procure pas de la joie ou un sentiment de bien-être est dangereuse. »

« L’émotion n’est rien d’autre qu’un signal qui vous montre que vous n’êtes pas dans le vrai. »

« Si une émotion apparaît, positive ou négative, donnez-lui sa plus grande expression possible. Laissez-la s’épuiser. »

« Ne craignez pas de faire des erreurs. C’est tout à fait naturel d’en faire. C’est seulement par les erreurs que vous pouvez apprendre et progresser. »

« Les émotions non digérées du passé, voilà le mental. »

« D’une manière générale, vous pouvez voir que la moralité est immorale. Seule la vérité est morale. »

« La peur de la mort ? Ce n’est que l’attirance vers la mort. La peur est une attirance négative. »

« Tout refus renforce ce qui est refusé. Ce à quoi vous voulez échapper vous poursuivra toujours. »

« Chacun est différent. Personne ne peut comprendre personne. Une relation avec un autre est impossible. »

« La clé d’une relation facile avec autrui, c’est de ne pas imposer votre ego, ni d’écraser l’ego des autres. »

« La satisfaction du désir est le seul moyen d’en épuiser l’énergie. »

« Pour s’affranchir du désir, il faut le satisfaire, tout en sachant qu’aucun désir ne peut être satisfait. »

« La vérité a deux caractéristiques : la différence dans l’espace, le changement dans le temps. »

« La vérité est si simple, si facile. Un seul mot la contient : « Oui ». »

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Témoignages :

Bonjour Mathilde,

Le chemin, ce n’est pas être parfait, c’est avancer. Avancer, c’est se tromper, prendre conscience et corriger. Le chemin est une suite d’erreurs, une suite d’expériences infantiles et maladroites, il n’y a pas d’autres solutions. Le bonheur, c’est se sentir vivant, agissant, non pas sans peur mais libre de la peur. Ce sont nos limites corporelles, physiques, émotionnelles, affectives et intellectuelles qui nous montrent ce que nous pouvons expérimenter et ce qui ne fait pas partie de nos expériences, même si pour d’autres cela est complètement différent.

Personnellement, mon corps se redresse petit à petit au prix de douleurs corporelles qui ne diminuent pas, mais je fais attention de toujours « travailler » la souplesse de mon corps par des petits exercices dans mon lit, sous la douche ou pendant mes prières, afin de ne pas céder au désir de ne pas souffrir, ce qui paralyserait mon chemin. Bien sûr, cette libération corporelle m’amène, à d’autres moments, une jouissance que je peux qualifier de sexuelle et sensuelle, à un degré jamais atteint. Je me demande parfois comment je pourrai quitter un jour ce corps qui me donne de plus en plus de bonheur. Mais la réponse est facile, ayant tant reçu, le départ vers l’autre monde sera simple et évident. Je pourrai dire cette phrase : « J’ai reçu ce que j’avais à recevoir, j’ai donné ce que j’avais à donner et j’ai fait ce que j’avais à faire. »

Je reviens sur la notion de « père ». Dans l’inconscient, notre âme sait qu’il existe une sorte de guide plein de justesse, d’exigence et d’amour qui peut nous orienter toute notre vie et nous ramener vers notre chemin personnel quand nous nous égarons, portés par nos émotions, nos peurs et nos désirs refoulés. La plus part des religions appellent cette énergie « Dieu », mais peu importe le nom qu’on lui donne. L’important est de comprendre que cette énergie « de père » nous éclaire pour nous orienter vers notre destin que nous avons choisi bien avant notre naissance et qui est libre de tout attachement humain, y compris libre de toute religion et de tout enseignement spirituel. Mais ce « père » est tellement difficile à ressentir, à voir et à écouter que nous avons besoin d’un guide humain pour nous amener à l’âge adulte en capacité de le percevoir. Et, ce rôle, si capitale dans notre construction intérieure, est le rôle du père humain qui nous guide dans notre croissance, ce père totalement libre de sa femme, de sa mère et de toutes les cultures et traditions humaines. Bien entendu, dans notre société, les pères sont en général bien loin d’être capables de jouer ce rôle, c’est pour quoi nous avons tant besoin de guides humains, de maîtres spirituels, pour remplacer ce père manquant. Et, comme nous sommes novices, et surtout les femmes dans ce domaine, nous nous trompons facilement et nous prenons pour guide ou pour maître des hommes bien immatures et guidés par leurs pulsions infantiles. Car nous avons un tel besoin de ce père que nous sommes aveugles sur le choix de cet homme. Et quand nous n’avons pas eu de véritable modèle paternel dans notre enfance, nous sommes pratiquement incapables de le trouver. Le plus important serait que notre mère nous ait préparés à nous ouvrir à cette fonction du père, ce qui est trop rarement le cas. Une femme ministre un jour a dit : « La guerre des sexes est finie et ce sont les femmes qui l’ont gagnée. » C’est une façon de montrer à quel point il est bien difficile aux hommes, qui en sont capables, de prendre leur juste place de père.

Pour beaucoup d’entre nous, il est bien difficile de se mettre en action. C’est mon cas aussi. Quand je vois des disciples engagés corps et âme dans une religion ou un parcours spirituel, je comprends bien, personnellement, mon refus de vivre sur cette terre à la sortie du ventre de ma mère. Mais c’est ainsi, c’est mon destin, et cette faiblesse m’a permis de trouver tout ce qui est essentiel dans ce chemin. Aujourd’hui je prends cela pour un cadeau divin. Mon maître dit  » Ne faites rien que vous n’éprouviez pas du plaisir à le faire. » C’est bien cela qui est difficile. Pour ma part, j’attends tout simplement que mes phases de découragement, de déprime ou de tristesse passent, car tout est provisoire. Il m’arrive toujours, ensuite, à un moment donné, une envie d’agir, en respectant de mieux en mieux les limites de mon corps, car je connais aussi les passages de besoin d’actions hystériques (au-delà de mes limites physiques) qui alternent avec des phases d’inactions dépressives.

Je connais bien aussi le besoin de faire pour les autres avant mes propres besoins. J’ai compris dans mes méditations qu’il s’agissait tout simplement d’un désir inconscient de guérir ma mère pour qu’elle s’occupe de moi ensuite. C’était donc, en fait, très égoïste. En plus, c’est impossible de guérir l’autre. Depuis, j’ai appris à construire mon bonheur, libre du bonheur des autres, mais en compassion, et non pas au détriment du bonheur des autres. C’est subtil mais un vrai chemin spirituel passe par cette liberté. Le juste, c’est d’offrir son bonheur aux autres.

Personnellement, j’ai fait 15 ans de théâtre de façon intensive et j’ai pratiqué un grand nombre de techniques concernant le développement personnel. Maintenant j’en suis libre car tout cela était dirigé par un grand besoin de reconnaissance et d’amour, et non pas par mon destin personnel qui me parait de plus en plus très ordinaire. Aujourd’hui, je me régale à faire un mur en pierres ou des piliers en ciment, mais je garde en conscience ma mission de père pour tous ceux qui sont prêts à le recevoir.

Ton témoignage montre à quel point il est important de créer une vraie relation avec sa mère et avec son père, quand cela est possible. Mais un jour, comme disent les psychanalystes, il faudra symboliquement tuer sa mère et son père, en commençant par « tuer sa mère » après avoir créer une vrai relation avec elle. C’est à dire en être complètement libre. Cela veut dire avoir trié avec une conscience lucide ce qui était juste et ce qui ne l’était pas. Ce n’est absolument pas tout rejeter, car cela me parait impossible qu’il n’y ait rien de juste dans notre histoire d’enfant. Après cette liberté consciente, il ne reste que de l’amour et de la compassion, mais plus aucun attachement avec sa mère et ensuite avec son père.

Bon courage pour tes expériences avec un homme, qui t’amèneront à perdre quelques illusions supplémentaires, mais c’est la vie !

Tendresse, André.