Juin 2013

Mail mensuel n°53 – Juin 2013

Quittez la perfection pour le perfectible

La différence est énorme, dans le premier cas, je suis prisonnier de mon objectif, donc sans joie et sans plaisir. Dans le perfectible, je suis dans l’esprit d’un enfant qui apprend la vie, un enfant qui n’a pas encore le désir de performance, de supériorité, de besoin d’admiration, un enfant qui goûte la vie comme un jeu.

En tant qu’adulte, si nous quittons enfin le désir de combler nos manques, notre peur de la souffrance, notre besoin de reconnaissance, notre habitude à suivre des consignes ou des modèles, la vraie vie peut commencer.

Personnellement, cela fait des années que je mets petit à petit en pratique et que je progresse bien lentement, que j’ose râler contre moi, j’ose me juger, j’ose m’engueuler, tout en sachant bien que tout cela n’est pas encore le but. Mais, au moins, je n’accuse plus l’extérieur, l’autre, la société, mon conjoint, mes enfants ou mes parents.

L’autre jour, un client d’un magasin de bricolage s’est pris le pied dans le tapis d’entrée de ce magasin, il a évité de justesse de s’étaler par terre. Il s’est mis ensuite à engueuler les  caissières et le magasin en les menaçant de représailles s’ils n’enlevaient pas ce tapis. Voilà un exemple typique d’accuser l’extérieur au lieu de sentir à chaque instant tout ce que fait notre corps. Car bien souvent nous faisons le contraire, nous pensons au lieu d’être présent à notre corps, nous sommes en réalité avant ou après l’instant présent.

Le perfectible, c’est pour soi. Cela peut aussi peut-être servir d’exemple, qui, seul, peut être une aide aux autres, à condition de ne pas vouloir l’imposer.

Bien entendu, il faut d’abord être soi-même, dans son corps et dans ses émotions avant de chercher à progresser. Il faut revenir à notre point de départ que nous avons mis des années à vouloir nier, à paraître plutôt que être.

Laissez émerger le pire du pire et le meilleur du meilleur de vous et, ensuite, partir de là, pour progresser, grandir, assumer sa vie, sans avaler celle des autres. Mais aussi sans se laisser manger par les ego, les délires, les peurs de ceux que nous côtoyons.

C’est tout un apprentissage, le premier effort étant d’analyser nos comportements, nos paroles, nos pensées, nos émotions, nos désirs, nos peurs, nos habitudes, nos dégoûts et nos attirances pour voir, sans complaisance, qui nous sommes vraiment, quel est notre véritable point de départ.

Ce n’est pas refouler nos jugements, nos fantasmes, nos désirs (ce qui est l’opposé d’un vrai chemin), c’est les regarder en face avec responsabilité et respect des autres, surtout les êtres dont nous avons un pouvoir dessus. C’est se libérer de la honte et de la culpabilité, pour faire place à la lucidité responsable, pour grandir petit à petit vers l’adulte juste et rempli d’amour pour soi et pour les autres, en prenant le temps nécessaire à chaque étape, c’est-à-dire de nombreuses années.

Vouloir la perfection, comme une vaisselle lavée ou un ménage parfait, une hygiène corporelle irréprochable, des enfants parfaitement éduqués, une voiture toujours propre ou un haut salaire, est une maladie mentale. A ne pas confondre avec le désir de s’améliorer en partant de là où nous en sommes, sans stress et avec une respiration jouissive de chaque instant.

Tout un chemin, bien sûr…

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Témoignages :

Bonjour André

Je reviens à la charge, concernant la relation à ma mère: plus j’avance dans mes prises de conscience, plus je constate l’omniprésence de ma mère qui conditionne certains de mes comportements – tout du moins ceux que je suis apte à identifier – vis à vis de l’extérieur. Comme par exemple: quand je joue au piano, je me projette en train de montrer à ma mère comment je joue.

D’un côté je pourrais m’en effrayer et me dire que je suis sur la pente glissante de la régression, et de l’autre, je me dis que c’est une chance de pouvoir repasser par ces états « infantiles » en conscience.

Je me sens sur un fil et la porte est étroite. Je me pose la question du vrai sens de « tuer sa mère » pour éviter de continuer de tourner en rond dans mon système. J’ai l’impression que j’ai une décision intérieure à prendre, je ne sais pas vraiment laquelle, et j’en ai peur! Mon rapport à l’argent en témoigne!

Voilà, je te confie l’état des lieues du moment; je sens que c’est important de ne pas laisser ça de côté!

Je t’embrasse avec reconnaissance, Hervé

Bonjour Hervé,
Tout va bien, dans le bon sens, tu es sur le point d’accepter de créer une véritable relation avec ta mère en conscience. C’est avec ta mère quand tu étais enfant et non pas avec ta mère actuelle, tu reprends tout à zéro et c’est juste. Cela ne sert à rien de se poser la question si une régression est juste ou pas. Du moment que tu la vie c’est que tu en as besoin, tout simplement. Accepte que tu es guidé de l’intérieur, ton travail est de prendre conscience avec responsabilité de ce que tu vis et non pas de trier ce que tu dois vivre. Bien sûr qu’il faut tuer sa mère et plus tard son père, mais à condition d’avoir vécu en relation consciente avec sa mère toutes les étapes psychologiques de l’enfance. Pour toi, c’est loin d’être le moment de le faire.

La décision claire que tu dois faire aujourd’hui c’est d’accepter de t’engager dans la relation avec ta mère en toi. Ce n’est pas avec ta mère actuelle même si ce qui se passe aujourd’hui peut te ramener à ce que tu as voulu nier ou détruire autrefois. Tu commences à défusionner pour créer une frontière-contact avec l’autre comme dises les gestaltistes.

Vérifie tout cela, vis ta vie à fond, tendresse,
André.

Merci pour ta réponse André

Juste un petit mot pour témoigner d’un constat que je fais à la lecture de ce mail : Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai de la joie, mais plutôt une satisfaction à ressentir que c’est de là où j’en suis, que je peux  grandir, et même si je ressens de la difficulté depuis quelques mois dans mon corps et dans mon quotidien, je ressens le sens de l’acceptation de ce que je suis réellement !

Je t’embrasse Gratitude Hervé

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Bonsoir André,

« Je » voilà mon insoluble problème. Je me prends la tête et je fuis toute l’aide que mon corps pourrait m’apporter.

Psychopathe?

Je ne respire plus ou à peine, reste immobile quand je ne fais pas un des gestes obligatoires du quotidien, grande fatigue et plus de goût pour rien. Morte je suis, ou plutôt je me sens. Non pardon pas morte je ne sentirais plus rien dans mon corps. Vide et douloureuse, avec le sentiment que ce n’est pas grave et en même temps que j’en ai assez de mes états en haut en bas. Cycle perpétuel (pour moi, s’entend…), je préfère évidement quand j’ai de l’énergie et que je ne suis pas dans le « à quoi bon », mais je pense sincèrement, même si c’est plus agréable pour le moi et les autres, que c’est idem. Ce n’est pas grave, mais la vie passe et rien ne se passe, décollée de tout, sans plaisir, sans désir, avec un encéphalogramme sûrement presque plat.

Je suis en formation de sophrologie à l’institut d’Avignon et à chaque week end est répété « seule une pratique quotidienne…. », je n’y arrive pas, André. Ces 5 mois (5 w.e) au lieu de me conforter dans une pratique toute personnelle mais qu’il me semblait avoir mise en place, ont ouvert devant moi un gouffre et remis en question d’une foule de petites choses, certes, mais qui me semblaient posées, réglées….

Alors là tu vois je sais plus, tout me parait insurmontable.

Je me sens trahis par mon corps, par ma tête….je n’y arrive plus (et pourtant je vais bosser! je fais la vaisselle!..).

Je veux bien devoir tout reprendre au début et accepter le Père, d’accord, mais là j’ai besoin d’aide.

Comment faire? Comment défaire tous mes mécanismes de résistance, faire taire mon ego bien plus gros que je ne le crois sûrement.

Si tu me dis « acceptes » « oui » « pratiques » je ne suis pas sûr de l’entendre, parce que je le sais, enfin ma tête en est consciente et même d’accord avec cette idée. Mais voilà, le savoir n’est pas le vivre. Comment le vivre? Ou comment vivre?

Ou juste comment aller au bout de quelque chose une fois dans ma vie. Accomplir, j’ai envie d’être accompli, entière, une. Toute seule je tourne en boucle et ma vie aussi. Je suis lasse.

Je t’embrasse, Muriel.

Bonsoir Muriel,
Oh, que ce mail est beau ! Swamiji dit que tant que le doute ne s’est pas installé dans le chercheur spirituel, aucune aide n’est possible. Ton mail représente exactement ce que c’est le vrai doute, le doute de soi avec toutes ses pulsions, ses non désirs, ses faux désirs, ses vraies peurs et ses fausses peurs, incarnés dans son corps. C’est le vrai combat de titan qui commence, le combat contre soi et avec soi. Bien des gens croient avoir fait un vrai chemin spirituel alors qu’ils ne sont même pas à la porte. Tu es à la porte, tout va bien. Ta vie s’est construite pour t’amener à cette porte, ta formation en sophrologie est le tapis rouge qui t’amène à cette porte, encore une fois tout va bien ! Mon Dieu, que je t’aime dans ta sincérité, ta lucidité, tes résistances. Si seulement tu apprenais à t’aimer comme je t’aime, à aimer tout ce que tu décris, sans jugement, sans vouloir être plus avancée, tout en ayant la foi en ton destin, pas celui que tu crois maîtriser, mais celui que ton âme connais bien et vers lequel elle te guide depuis longtemps.

Oui, tu as une structure psychopathe, à ne pas confondre avec ceux qui fuit toute conscience et toute responsabilité et qui laissent leur pulsions faire ce qu’elles veulent. Connaître sa vraie structure psychologique doit être vécu comme une aide à se connaître et non pas à se juger.

C’est marrant comment tu donnes les solutions en même temps que tu décris tes difficultés. Oui à tout cela. Dans mon chemin, en analysant les épisodes du chemin de croix de Jésus, j’ai pu comprendre et accepter, avant d’aimer, mes souffrances liées à ce chemin. Inconsciemment, nous pensons que le chemin nous apportera plus de paix et d’absence de souffrances, alors que c’est exactement le contraire, et même de pire en pire, mais comme la jouissance grandit en parallèle, nous comprenons que c’est bien le vrai chemin vers le vrai bonheur.

Tes résistances à une pratique sérieuse et quotidienne sont justement la preuve qu’une partie de toi est bien engagée. Il n’y a pas de saints ou de sages qui ne soient passés par ces périodes de conflits profonds avec soi-même.

« Comment aller au bout de quelque chose une fois dans ma vie » : C’est quelque chose que je connais bien et qui correspond parfaitement à ta structure. Comment faire ? Tout simplement en allant un tout petit peu plus loin à chaque fois, en acceptant des tensions violentes dans ton corps et en abandonnant petit à petit tout désir d’idéal. J’ai pu progresser en acceptant à chaque fois une part d’imperfection dans tout ce que je faisais et j’ai appris à sourire en observant que la vie m’apportais régulièrement ces imperfections pour m’aider à grandir, en m’éloignant de ce désir infantile de perfection et d’orgueil subtil. Il faut bien sûr commencer par de toutes petites choses, comme mettre la table ou faire la lessive.

Pour conclure une phrase qui m’a aider souvent dans mon chemin que j’avais entendu au Québec « Reposes toi si tu veux mais n’abandonne surtout pas ! »

Je t’embrasse tendrement, André.

Merci André, j’infuse. Je t’embrasse. Muriel.

Bonjour Muriel,
Je voudrais ajouter à ma réponse combien chaque jour, pour moi, est l’occasion de vivre mon humilité, en observant combien mon corps manifeste de résistances, de tensions, de difficultés de respiration, que mon chemin m’amène naturellement de nouvelles épreuves qui sont un cran au-dessus de ce que j’ai déjà vécu. J’ai été Samedi au mariage de Stéphanie, dont j’étais le témoin, j’ai dit des textes et chanter un refrain d’un chant religieux à l’église. Une avalanche d’émotions corporelles concernant le mariage et mes mariages m’ont montré à quel point je n’avais pas encore accepté complètement ma vie et mes choix. Au milieu de la nuit, des douleurs violentes dans ma colonne vertébrale m’ont même fait tomber quelques instants dans les pommes, en me levant . Mon témoignage montre que mon bonheur n’est pas dans l’absence de souffrances et de difficultés physiques, il est d’oser vivre ma vie, dans la jouissance de mon corps, avec toutes ses manifestations.

Je pourrai un jour quitter ce corps en le remerciant de m’avoir donné tout ce qu’il m’a donné, tout cela est donc provisoire, cela prouve qu’il est juste de le vivre à fond.

Bien tendrement, André.