Février 2014

La force intérieure

Il est bien difficile de voir clairement ce qui se passe dans une relation, il est pourtant relativement facile de comprendre la nécessité de mettre une distance variable dans chacune de nos relations suivant la nécessité de l’instant. Mais le plus grand obstacle c’est la force intérieure, celle qui nous manque ou celle utilisée par l’autre partie de la relation. Dans les débats télévisés, le déséquilibre des forces en présence montre que celui qui a convaincu n’est pas celui ou celle qui dit les choses les plus justes mais plutôt celui ou celle qui a imposé sa force intérieure.

L’important dans un chemin spirituel, c’est d’apprendre à ressentir cette force en chacun de nous et surtout en soi-même.

Beaucoup de personnes confondent la force intérieure et le système de défense. Le système de défense, c’est un rempart psychologique, une construction mentale et énergétique qui empêche toute intrusion d’une autre personne dans notre psyché. Le problème, c’est que les messages spirituels justes sont aussi bloqués à l’extérieur et sont transformés avant de pénétrer dans l’inconscient de celui qui désire avancer dans son grandir intérieur et dans sa libération. Un indice, pour voir la différence : dans la force intérieure, il y a toujours un moment de silence avant de répondre dans une relation, alors que dans le système de défense, le mental se met en route tout de suite et ne permet pas aux messages subtils de voyager jusqu’à l’hypothalamus, au plus profond de notre cerveau.

Le corps est déjà une bonne image de la force intérieure. Par exemple un Gérard Depardieu n’est surement pas facile à faire changer d’avis, sauf par la séduction, ce qui est provisoire. Un autre exemple, Michel Onfray qui est une vedette dans le monde de la fausse spiritualité. Il entraine avec lui des milliers de fans, surtout des femmes d’ailleurs, alors qu’il déforme la spiritualité parce qu’il en fait sa spiritualité.

Pour ma part, j’ai bien compris que ma faiblesse, c’est ma force. J’ai compris combien ma véritable force intérieure est faible. C’est pourtant ma force car mes remparts face aux autres n’ont pas tenus longtemps. J’ai d’abord utilisé la manipulation pour donner mes messages mais ce n’est pas la bonne solution, ça ne marche pas. Aujourd’hui, j’apprends par le silence, par une bonne hygiène de vie, par une bonne activité physique, par la méditation permanente, par la prière et surtout par la respiration à faire grandir cette force en moi.

Je ne cherche plus à convaincre, je cherche à ressentir les forces en mouvement dans toutes mes relations et à analyser mes échecs pour me connaître encore mieux. Quand je parle d’échec, pour moi, cela veut dire que je n’ai pas réussi à donner ce que l’âme de chacune de mes relations réclame. Cette demande de l’âme, différente à chaque individu, est polluée, écrasée, cancérisée, détournée par leur personnalité.

C’est bien sûr le jeu de la vie et tout cela n’est pas grave. J’essaie seulement de bien voir les forces en présence et de faire au mieux, toujours dans l’intérêt profond des autres, pas de ce qu’ils demandent, mais de ce que leurs âmes crient désespérément au fin fond de leur désir. Le plus dur, au début, c’est de ne pas se projeter, c’est à dire projeter ses désirs subtils sur les autres. L’humilité étant la représentation véritable de la force intérieure. La vraie force a besoin de très peu de mots mais plutôt des actions symboliques, du courage, de l’amour, de la souffrance émotionnelle et surtout de perdre  ses illusions.

Faire des actes symboliques, ce n’est pas des rituels religieux, c’est faire des actes simples de la vie de tous les jours, avec du sens, dans l’instant présent, comme mettre la table, repeindre une chambre, faire à manger, changer de voiture, planter un arbre, jeter un meuble ou un vêtement, etc. etc. etc. Toujours avec du sens ! Et sans heurter personne, en respectant l’ego de chacun. Ce n’est pas un combat contre quelqu’un ou contre soi-même, cela doit être doux et tendre.

_______________________________________________________

Témoignages :

Bonjour André,

Chemin intérieur, chemin spirituel, simple chemin vers soi-même. Pour le comprendre, les expériences sont indispensables et la pratique vitale.  Sans elle, pas de bonne respiration, ou même de respiration. Je reprends ce que tu dis.

En ce début d’année, où les jours sont encore courts et où la pluie les accompagne beaucoup, je suis plutôt « marmotte » et respire doucement à la maison. J’ai ressorti les mails de l’année 2013 et en fais mon jardin intérieur. J’ai planté des fleurs aux couleurs des 24  essentiels, elles alimentent ma pratique. Parfois, il y en a une qui baisse la tête, alors je la soigne un peu plus : »la méditation, chacun son monde, les limites (beaucoup) « . Le parterre a aussi ses herbes folles : » les peurs, la fuite, l’ego, le jugement … » Je les arrache, elles repoussent bien sûr ! La différence avec avant, c’est que je le fais avec plus de douceur et d’amour … et je m’en félicite !

Il me reste toujours cette question obsédante : » Est-ce qu’un jour je comprendrai vraiment et saurai « jouir dans la souffrance »?? Je bute sur ce concept.

André, je te dis merci pour ce que tu me permets d’être, d’avancer plus sereine sur mon chemin.

Comme il est encore temps d’envoyer des vœux, je souhaite que tu sois là encore longtemps pour nous éclairer, comme tu le fais avec tant d’amour. Prends soin de toi.

Je t’embrasse avec beaucoup de tendresse.   Marie-Josèphe.

Bonjour Marie-Josèphe,

Merci pour ta tendresse, je la reçois avec jouissance.

Je trouve juste ta pratique et je la trouve pleine de poésie. Pour découvrir ce qu’est « jouir dans la souffrance », il faut s’entraîner avec de toutes petites frustrations, comme un plat pas assez chaud au micro onde, le chauffage qui marche pas bien, une personne qui raccroche brutalement au téléphone, une lettre salie dans la boite aux lettres, une personne qui ne nous reconnait pas dans la rue ou toute frustration bénigne qui ne remet pas en cause notre vie. C’est sentir un désagrément physique subtil et s’en amuser avec le « témoin » en nous qui observe, sans être emporté par ce désagrément.

Bonne année de pratique et de jouissance et merci pour ton évolution intérieure qui me touche particulièrement.
Tendresse,
André.

_______________________________________________________

Bonjour André,
Dans ton mail du mois de novembre tu parles de fuir ou expérimenter. Et tu dis Expérimenter, c’est prendre des coups, souffrir, déprimer, être frustré, comprendre la vie et changer sa façon de vivre.

Donc je commence tout doucement à expérimenter et alors c’est sûr je m’en prends plein la figure, je souffre, je déprime grave, je suis frustrée comme jamais, je suis en colère aussi. Je n’ai pas la sensation de mieux comprendre la vie. Juste d’avoir des réponses, valables parfois seulement dans le moment présent. Je me sens très insécurisée, car tout est potentiellement source de changement.

Je dis ça et d’un autre côté, je construis mes racines, et je vois bien que je commence à bien vouloir m’aimer.

Ton mail du mois de décembre m’a beaucoup parlé.
Je crois que je me vois alors que je me juge. Oh la la, que cela me fait rire jaune!
J’ai même un jugement sur mes jugements. Parfois, je suis fatiguée rien qu’à l’idée de travailler sur toute cette histoire de jugement.

J’ai regardé le documentaire sur Eglantine Emeyé. Çà m’a d’abord déprimée. Son manque d’amour m’a choquée. Son envie d’intégrer son fils à tout prix et son peu d’intérêt pour ce qu’il aurait à lui communiquer « pour de vrai » m’a interpellée. Après, cela m’a renvoyé à toutes ces blessures chez moi aussi.

Ma question : sur quoi puis-je me concentrer pour m’aider à être qui je suis ?

Merci André, Mathilde

Bonsoir Mathilde,
Sur ta question : « sur quoi puis-je me concentrer pour m’aider à être qui je suis? », la réponse est clair : sur rien ! Absolument sur rien ! La concentration est l’opposé de l’ouverture. Seule l’ouverture sur les autres nous aide à découvrir qui nous sommes. Il n’y a rien à gérer, notre « Dieu » intérieur veille et il gère très bien tout seul. Seule notre pratique est à notre charge, le reste ne nous appartient pas, on le reçoit avec gratitude et tendresse.

Ton chemin est juste parce qu’il est difficile.
Tendresse, André.